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Il faut sauver le bien commun !

Depuis la pandémie, ce cri d’alarme du Prix Nobel d’économie Jean Tirole semble plus que jamais d’actualité. Les 19 et 20 mai, le deuxième Sommet du Bien commun, organisé à Toulouse et en ligne, a mobilisé des centaines de milliers d’internautes. Le 24 mai, à Bruxelles, la Nuit du Bien commun a levé plus d’un demi-million d’euros de dons. Et, l’an prochain, la Chaire Notre-Dame de la Paix de l’UNamur sera consacrée au bien commun. Ce « bien commun » qui appartient à tout le monde et à personne est expliqué dans le numéro du mois de juin 2022 du magazine Omalius, dans la rubrique Enjeux. Découvrez ci-dessous l’interview de Geneviève Guillaume, qui aborde un commun pas comme les autres : l’hôpital.

En lisant un article où la forêt est décrite comme un commun, la Docteure Geneviève Guillaume, chirurgienne et chercheuse en bioéthique, s’interroge : « Cette façon d’envisager la gestion de la forêt en commun serait-elle transposable à un autre écosystème : l’hôpital ? ».

Omalius : Le concept de commun peut-il s’appliquer à l’hôpital ?

Geneviève Guillaume : Le mouvement des communs recherche des alternatives au capitalisme et à l’économie néolibérale, qui impose la rentabilité, à l’hôpital comme ailleurs. Les conséquences sur la manière d’envisager les soins de santé sont considérables.

O. : Vous souhaiteriez que l’hôpital soit géré en commun ?

G.G. : À l’heure actuelle, un groupe dominant, représentant un mode de pensée utilitariste et néolibéral – appelons-les ‘gestionnaires’ au sens large - s’approprie l’écosystème hôpital au nom d’un ‘savoir supérieur’, qui est le savoir managérial, tandis que les usagers, c’est-à-dire les patients mais aussi les soignants, sont autorisés à utiliser l’hôpital, chacun dans sa fonction, mais n’ont pas la possibilité de participer à sa gestion, et se voient imposer, au nom du réalisme économique, un fonctionnement très protocolisé, qui les empêche même d’entrer en relation.

O. : Mais il y a des résistances ?

G.G. : Bien sûr ! Chez les soignants, en tout cas, des résistances communautaires informelles sont mises en place pour utiliser le commun sans en avoir la gouvernance. Ainsi, pendant la pandémie, les infirmières sont passées au-dessus du protocole pour rester humaines, permettant par exemple des visites aux familles alors que c’était interdit. Mais, si ces désobéissances leur semblent nécessaires aux bons soins, elles restent négligées dans le fonctionnement hospitalier et n’amènent donc aucun débat permettant une appropriation collective de ce commun qu’est l’hôpital.

O. : Alors, comment construire un bien commun où vivre des relations différentes ?

G.G. : L’article sur la forêt insistait sur l’importance des moments partagés – gratuits et informels, offrant la possibilité d’une vraie reconnaissance mutuelle - et du choix du moment opportun pour ce partage. Dans la forêt, c’est le crépuscule, le moment où les différences s’effacent, où on aboutit à une égalité de fait… Mais pour cela il faut qu’il y ait des structures, et donc une volonté et une conscientisation, et puis des lieux, des moments d’expression, et surtout du temps… De plus, pour être crédibles, ces moments partagés doivent s’affranchir de toute visée utilitariste. Comme le dit par ailleurs Nicolas Dendoncker, ça peut débuter à petite échelle, dans un service, entre collègues, pour démontrer que c’est possible et positif.

O. : Ça ne va pas se faire du jour au lendemain !

G.G. : Non, mais c’est une piste de réflexion que je propose néanmoins pour sortir du paradigme économique face à la crise des soins de santé, avec 20% de soignants qui désertent. L’hôpital comme commun, où toutes les réalités – celle des ‘sachants’, celle des soignants, celle des patients – soient prises en compte.